Faune sauvage et collisions routières

... Observations d’un adhérent de la LPO Lot en 2019

Il n’aura échappé à personne que le déclin de la biodiversité est - hélas - un fait établi. Différentes causes se conjuguant et/ou se cumulant en sont responsables.
Parmi celles-ci  : les collisions routières.
Ayant parcouru environ 20 000 km dans l’année 2019, en étant attentif aux animaux morts en bord de route, voici - à titre d’illustration locale - le bilan des observations rapportées par un adhérent de la LPO Lot sur les bases de saisies en ligne de données naturaliste « Faune Nord Midi-Pyrénées » et « Faune France » pour les seuls départements 31, 46, 81 et 82.

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Epervier d’Europe Chevalier guignette

2 exemples édifiants :
-  Le 28 avril, en allant aux « Journées Nature » LPO / PNRCQ / Réserve naturelle Marais de Bonnefont, sur le trajet Pradines à Mayrinhac-Lentour soit 65 km les animaux morts suivants ont été recensés : 1 chevreuil + 1 Martre des Pins + 1 lapin de garenne + 1 Rossignol philomèle + 1 Moineau domestique + 1 petit passereau non déterminé .
-  le 20 décembre, sur le trajet A/R entre Pradines et Lasserre soit 230 kms les animaux morts suivants ont été recensés : 1 Étourneau sansonnet + 1 Pigeon ramier + 1 Épervier d’Europe + 1 Renard roux + 1 Lièvre d’Europe
Concernant les mammifères les observations ont concerné 62 spécimens de 14 espèces différentes :
4 Blaireaux, 10 Chevreuils, 3 Ecureuils roux, 1 Fouine, 8 Hérissons, 4 Lapins de garenne, 6 Lièvres, 2 Martres/Fouines, 7 Martres, 2 Mulots indéterminés, 3 Ragondins, 2 Rats surmulots, 9 Renards et 1 Vison d’Amérique !

Pour ce qui est des oiseaux elles ont porté sur 83 spécimens appartenant à 31 espèces différentes :
2 Bruants zizis, 1 Buse variable, 1 Colvert, 1 Chevalier guignette, 1 Chevêche d’Athéna, 1 Chouette hulotte, 2 Corneilles noires, 6 Effraies des clochers, 1 Epervier d’Europe, 1 Etourneau sansonnet, 1 Faisan de Colchide, 3 Fauvettes à tête noire, 8 Geais des Chênes, 2 Gobemouches noirs, 3 Grives musiciennes, 1 Hypolaïs polyglotte, 23 Merles noirs, 1 Mésange à longue queue, 4 Moineaux domestiques, 2 passereaux indéterminés (car trop abîmés), 1 perdrix rouge, 1 Petit-duc Scops, 1 Pic vert, 1 Pigeon biset domestique, 6 Pigeons ramiers, 1 Pinson des arbres ,1 Rollier d’Europe, 2 Rossignols philomèles, 3 Rougegorges familiers, 1 Rougequeue à front blanc, 2 Tourterelles turques.

Enfin, 12 Reptiles & Amphibiens : 5 Couleuvres vertes et jaunes, 1 couleuvre indéterminée, 1 Lézard à deux raies et 2 Orvets fragiles + 3 Crapauds épineux.

Au total donc : 157 animaux morts saisis dans la base de données naturalistes pour un seul adhérent et surtout pour « seulement » 20 000 km de parcours routier ! A ce chiffre assez conséquent de morts, il faut rajouter tous les animaux pour lesquels l’identification n’a pas été possible car vraiment trop abîmés ( « galettes routières »).

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Blaireau européen

Parmi les animaux non comptabilisés, il y a aussi :
- des cadavres qui « disparaissent » car consommés par des charognards avant qu’ils ne soient vus
- des petits passereaux et des chauve-souris percutés par des véhicules et projetés dans les fossés ou sur les bas-côtés donc non visibles par un automobiliste.
Par ailleurs, combien de Cerfs, Chevreuils et Sangliers sont – légalement – enlevés et récupérés par l’automobiliste qui les a percutés (voir ci-dessous Article L. 424-9 du Code de l’Environnement) ?
Cela fait réfléchir sur le nombre total de spécimens de la faune sauvage tués chaque année sur 1 million de kilomètres de routes et autoroutes en France !

Quand les conditions de sécurité sont réunies pour se garer sans risque, enlever les cadavres - avec des gants - permet de vérifier que les oiseaux ne sont pas bagués, d’éviter qu’un Milan noir ou un Renard opportuniste ne soit à son tour victime d’un suraccident en venant consommer cet animal mort.
Cela permet aussi d’être sûr de l’espèce : la distinction Martre / Fouine, par exemple, n’étant pas toujours évidente.
Enfin, une fois enlevé et jeté dans un champ proche, un animal mort ne peut être comptabilisé plusieurs fois par des observateurs qui se succèderaient sur la même route.

Une observation peut aussi apporter un éclairage sur certaines situations particulières tel ce Loup gris trouvé mort il y a quelques années au bord d’une petite route aveyronnaise. Si la collision routière ne faisait aucun doute, l’autopsie du cadavre révèlera la présence de poison dans l’estomac de ce canidé sauvage. Il est fort probable que cet animal ait été percuté car rendu moins vigilant ou moins alerte à cause du poison ingéré…
Une donnée isolée de collision n’a que peu d’intérêt. Par contre, l’exploitation des milliers de données « collisions » par des biostatisticiens peut renseigner sur les périodes critiques, identifier les zones dangereuses où des aménagements peuvent être proposés, repérer les espèces plutôt en expansion ou au contraire celles qui se raréfient, établir des calendriers de périodes « à risque » …

En conclusion il me semble que le recensement plus systématique des mortalités routières de la faune sauvage et l’analyse de ces données seraient utiles à la Connaissance, en quelque sorte les animaux seraient moins morts pour rien …

( * ) Article L. 424-9 du Code de l’Environnement : Le grand gibier tué accidentellement et en tout temps à la suite d’une collision avec un véhicule automobile peut être transporté sous réserve que le conducteur en ait préalablement prévenu les services de la gendarmerie nationale ou de la police nationale. Toute cession de ce gibier est interdite.

Jean-Christophe B ;
(relecture et corrections Daniel L.)


Dans le cadre du Contrat Restauration Biodiversité des Causses du Quercy, la LPO Lot travaille depuis 2016 avec plusieurs partenaires pour identifier les points de mortalité importants de la faune sauvage sur les routes du Lot. Des aménagements sont prévus afin de limiter les risques pour la faune.


Publié le : mercredi 22 janvier 2020