Fientes, crottes, laissées, miroirs, moquettes, fumées et autres épreintes

En ces temps de confinement où les magasins sont vidés de leurs produits, voici un article fort à propos sur les "Fientes, crottes, laissées, miroirs, moquettes, fumées et autres épreintes" laissés par les animaux sauvages. Merci à Jean-Christophe B., adhérent de la LPO Lot pour cet article et à Daniel L. pour la relecture.

Les données naturalistes que les adhérents de la LPO Lot saisissent dans la base « Faune Occitanie » contribuent à améliorer les connaissances sur la répartition et l’abondance ou la rareté de nombreuses espèces de la faune sauvage.
Dans la plupart des cas les données sont des observations directes d’animaux vivants ou morts, mais la détection de certaines espèces discrètes ne se fait que grâce à des indices de présence. Ce sont des observations indirectes précieuses, en particulier pour les animaux nocturnes.
Parmi ces indices, les fientes, crottes ou fèces sont des éléments assez faciles à relever pourvu qu’on y soit un peu attentif.

Concernant les oiseaux

En forêt, dès le début du mois de novembre, on peut voir sur une feuille de chêne ou de châtaignier tombée au sol une fiente blanche avec au milieu une patche noire : il s’agit d’un miroir de Bécasse des bois, oiseau discret s’il en est.

En falaise sous certaines cavités ou sous une branche souvent dépourvue de feuilles, des fientes en longues trainées blanches nous renseigneront sur la présence d’un Grand-duc d’Europe ou d’un Faucon pèlerin.

Sur une chaussée ou sur le ciment d’une cale de mise à l’eau, une « fiente en flaque », blanche, grande comme la main, sera le signe qu’un Héron cendré s’est délesté avant son envol.

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Enfin, en passant sous un arbre, on peut voir des fientes blanches issues le plus souvent d’une couvée d’Etourneaux sansonnets installée dans la cavité d’un Pic épeiche ou d’un Pic vert, nichée qui serait passée inaperçue sans cette « signature digestive ».


Pour ce qui est des mammifères

La Loutre dépose ses épreintes en des points stratégiques comme le dessous des ponts, la confluence de ruisseaux/rivières ou des obstacles proéminents en bordure de cours d’eau. Constituées de débris de la digestion de poissons (écailles, arêtes, dents pharyngées) ou de carapaces d’écrevisses, elles ont l’odeur caractéristique d’un mélange d’huile de lin, de sardine à l’huile et de miel.

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Dans une vielle cabane de vigne, dans une grange assez calme ou au fond d’une grotte, on trouvera des petites crottes noires : il s’agit du guano de chauve-souris qui s’effrite sous la pression des doigts et laisse apparaître des débris de chitine, enveloppe externe des insectes dont elles se nourrissent.

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Si au contraire les crottes restent dures et compactes sous la pression, elles proviennent de souris ou de mulot et doivent leur cohésion à la digestion de l’amidon des graines dont ils se nourrissent.

Généralement bien en vue sur un parapet routier, sur un caillou en bordure du chemin, à la croisée de deux sentiers ou sur une pierre en évidence dans une coulée, parfois même sur un objet abandonné par un promeneur, des laissées de Martre des pins ou de Fouine indiqueront le passage d’un petit mustélidé. L’observation directe de ces espèces communes mais souvent nocturnes et difficiles à distinguer l’une de l’autre, est rare. Ce sera aussi l’occasion de voir évoluer leur régime alimentaire tout au long de l’année avec, selon la période, des noyaux de cerises, des pépins de raisins ou encore des élytres de coléoptères. Les quantités de graines sauvages ainsi dispersées par ces petits animaux nous donnent une idée concrète de ce qu’est la zoochorie (mode de dispersion des graines ou des spores de végétaux effectuée grâce aux animaux).

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Sur un promontoire rocheux ou en pied de falaise, des crottes assez longues, torsadées, empilées en tas - parfois pendant plusieurs années - composent à coup sûr un crottier de Genette. Sauf à disposer d’un piège-photo bien placé, il est rare de voir vivant cet animal discret et la plupart des observations directes proviennent … des bords de route et se rapportent à des individus morts.

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Toujours concernant les nocturnes, les latrines de Blaireau ne peuvent être confondues avec autre chose : plusieurs petites cavités creusées dans le sol, souvent en bordure d’un chemin ou d’une ripisylve, remplies de matière fécale molle. En hiver, période où les lombrics représentent une part importante du régime alimentaire de ce semi-plantigrade, leurs matières comportent beaucoup de terre ; en automne elles sont parsemées de pépins de raisins ou de figues.

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En automne, justement, et en hiver, quand la nourriture herbacée n’est pas trop aqueuse, les fumées de Cerf, petits cylindres noirâtres d’1 à 2 cm, concaves à un bout et convexes à l’autre (comme un suppositoire en fait) sont à coup sûr celles d’un cerf. Si ces crottes sont un peu arrondies aux deux bouts et d’un diamètre légèrement inférieur, il s’agit d’une biche.

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Les moquettes de chevreuil, de la taille d’un noyau d’olive, sont quant à elles noires comme de la réglisse en plein hiver et souvent verdâtres le reste de l’année.

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Parfois isolées, souvent par deux, trois ou quatre, de la taille d’une petite bille avec des débris d’herbe comme des brisures de foin, de forme ovale et légèrement aplaties, ce sont les crottes d’une Hase (lièvre femelle). Si elles sont bien rondes ce sont celles d’un Bouquin (lièvre mâle). Femelle et mâle se distinguent également par la forme de leur gîte, rond pour elle, très allongé pour lui.

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Au bord de l’eau, les crottes de Ragondin, verdâtres cylindriques et molles, sont souvent déposées bien en vue. Parfois aussi elles flottent à la surface des eaux calmes. (Il faut éviter de les toucher à mains nues car elles peuvent être source de contamination de la Leptospirose, maladie mortelle transmissible à l’homme.)

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Enfin, dans votre jardin, vous trouverez la « signature » d’un petit animal sympathique essentiellement nocturne, un grand auxiliaire du jardinier : le Hérisson d’Europe.

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Jean-Christophe, adhérent de la LPO46, « Crotologue amateur » (Avec l’aimable relecture de Daniel L.)


Publié le : mardi 17 mars 2020