Le confinement : Attention à ne pas créer un "effet boomerang" sur les routes !

Voilà 15 jours que les Français et Françaises sont confinés à domicile dans le cadre de la lutte pour le Covid-19, tout comme une grande partie du monde à présent.

Dauphins dans un port en Sardaigne, oiseaux marins à Marseille, animaux dans les villes, "Loup" sur une piste de ski etc. Les témoignages explosent sur les réseaux sociaux et à la télé : la nature reprend ses droits pendant ce court répit pour la nature à l’échelle de l’humanité.

Les animaux, à l’esprit frivole en ce début de printemps, prennent leurs aises notamment sur les routes. Si le nombre de véhicules circulant a fortement baissé, la menace des collisions routières est, quant à elle, toujours bien présente et nous ne devons pas l’oublier.

Une adhérente a souhaité nous alerter de ses observations : "Mon mari, qui a l’autorisation de se déplacer dans le cadre de son travail, a constaté une quantité anormale d’animaux tués sur les routes ces derniers jours. Son hypothèse est la suivante : les animaux perçoivent une baisse drastique de la fréquentation des automobiles sur les routes du fait du confinement, ils traversent ou restent sur les routes avec trop de confiance et se font tuer par les quelques véhicules qui circulent encore. "

Merci à eux pour leur vigilance !

En effet, cet arrêt soudain de la circulation est susceptible de perturber la faune sauvage quant à l’attitude à adopter vis à vis des infrastructures routières. Selon une étude [Bernard et al., 2012], plus une route est fréquentée, plus les animaux tentent de l’éviter, jusqu’à devenir une barrière infranchissable (au-delà de 10 000 voitures/jour). Dans le cas inverse, si le trafic baisse, les animaux sont plus enclins à franchir à nouveau le sol bitumé. Voir graphique ci-dessous.

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Les esprits observateurs nous diront "Oui, mais le nombre d’animaux morts réduit également avec le trafic, alors quel rapport ?"

Nombre d’études ont prouvé que les animaux, et particulièrement les mammifères, modifient leur comportement en fonction des activités de l’homme. L’exemple le plus probant est le fait que certains animaux diurnes (tels que les cerfs, chevreuils, renards etc...) aient modifié leurs mœurs diurnes en nocturnes vis-à-vis de la pression cynégétique (cf. revue Science, 2017).

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Cerf Elaphe dans un parc naturel Espagnol non chassé, C.Schellenberger

De même, pour tenter d’échapper aux braconniers, les éléphants et rhinocéros se déplacent la nuit où ils sont moins visibles (ONG Save The Elephants, 2018). On observe par ailleurs que les mêmes animaux, lorsqu’ils ne sont plus soumis à cette pression, ré-adoptent une activité diurne lorsque l’occasion se présente par exemple dans certains parcs nationaux/cœurs de parc. Ils sont de mêmes beaucoup moins farouches.
Il en va de même pour les oiseaux migrateurs venus des pays nordiques passer l’hiver sous nos latitudes, tels que les rouges-gorges. Ces animaux sont peu habitués à la présence de l’homme puisqu’ils en rencontrent rarement et sont donc plus facilement" approchables".

Alors, gageons que la durée du confinement ne permette pas à la faune sauvage de s’adapter à l’absence d’activité humaine au point de perdre sa vigilance, mais gardons à l’esprit que c’est une possibilité.

Comme dit précédemment, les hormones sont actuellement en pleine ébullition dans le monde sauvage ! Certains entament leur période de parade, d’accouplement, d’autres commencent d’ores et déjà à nourrir les premiers rejetons ! Ces phases de rut/accouplement ainsi que l’émancipation des jeunes, sont rappelons-le les périodes les plus à risque pour les animaux. L’esprit alors occupé, ou le manque d’expérience conduit les animaux à des imprudences qui leurs sont parfois fatales, en particulier sur les routes.

S’ajoute à cela un autre élément : le comportement des automobilistes ! Il est facile de se laisser tenter d’augmenter sa vitesse lorsque la route semble vide ce qui accentue les risques de collision.

Alors assurons-nous de pas faire (encore plus) de dégâts à l’occasion de nos rares trajets.

Vous avez observé des comportements anormaux ces derniers temps ? Une quantité supérieure/inférieure de cadavres d’animaux au bord des routes ? N’hésitez pas à nous en faire part à lot@lpo.fr ou à transmettre directement vos observations sur : https://www.faune-tarn-aveyron.org/

Publié le : mercredi 8 avril 2020