Traces et empreintes des ongulés sauvages

Tandis que nous sommes confinés, apprenons ensemble à reconnaitre les traces et empreintes que laissent à voir les ongulés sauvages à qui sait les interpréter. Un grand merci à Jean-Christophe B., adhérent de la LPO Lot pour cet article de qualité comme à son habitude.

Bien qu’ils soient nombreux voire très nombreux dans le département du Lot, les ongulés sauvages - cerf, chevreuil et sanglier - sont finalement assez peu souvent observés de visu, in natura. La « lecture » des empreintes qu’ils laissent au sol en se déplaçant permet d’avoir une idée de l’espèce, voire du sexe et de l’âge, mais elle nécessite des bases théoriques et une certaine expérience. Ayant eu la chance d’être initié en Sologne par feu Marcel V., spécialiste unanimement reconnu, qui avait passé 50 ans de sa vie à étudier les traces et empreintes des ongulés sauvages, voici en partage quelques éléments.

Ce qui suit est un aperçu de ce qu’il est possible de « lire » et interpréter, avec la prudence qui s’impose car cette lecture n’est pas une science exacte.

En premier lieu on ne jugera un animal que sur plusieurs foulées, jamais sur une empreinte isolée, et on gardera présent à l’esprit que seul un animal qui va d’assurance, c’est-à-dire qui marche normalement, tranquillement, sur un terrain plat, peut être « lu » après son passage. Par comparaison demandez-vous qui tenterait d’apprendre à lire à son enfant en lui fournissant une ordonnance médicale rédigée par un médecin stressé et pressé ?

De façon générale on privilégiera les chemins ou bordures de champs cultivés où le « revoir » est aisé et on délaissera les sols rocailleux où l’exercice est difficile, voire impossible.

Chevreuil
Le plus petit et le plus répandu des ongulés sauvages du département est aussi celui dont les traces au sol sont les plus faciles à « lire ». Sa population dans le Lot avoisine sans doute les 30 à 35 000 spécimens. (1)
Compte tenu de leur taille réduite, les empreintes laissées par ses deux sabots aux bords tranchants ne peuvent être confondues avec aucune autre.

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Au pas, les pinces marquent nettement et sont caractéristiques de l’espèce (photo de gauche).
Au galop ou en sol meuble, les empreintes paraissent souvent grandes, écartées et les « os » marquent bien (photo de droite).

Sanglier
Sa population en septembre (avant la chasse) est estimée à 10 000 / 12 000 individus (2) dans le Lot. Elle est très inégalement répartie. Lorsqu’il y a de fortes densités, l’interprétation des empreintes est très difficile tant le piétinement par le « troupeau » (la « compagnie » est au sanglier que la « harde » est au cerf et la « horde » au loup) rend toute « lecture » ardue ! On préfèrera donc « lire » un animal isolé ou un petit groupe.

D’une façon générale la présence des gardes de part et d’autre du bord extérieur des sabots est un élément déterminant pour être sûr d’avoir affaire à un sanglier.

S’il s’agit d’un mâle, les gardes sont bien perpendiculaires à l’axe médian des onglons (photo de gauche).
S’il s’agit d’une laie, elles sont orientées en oblique, vers l’avant (photo de droite).

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Parfois, sur sol dur, les gardes ne marquent pas et la confusion est possible entre un gros sanglier de 120 kg et un cerf jeune de même poids. Pour éviter toute erreur, il suffit de poser le pied entre deux empreintes : s’il y a place pour deux chaussures (pointure 42 /44) il s’agit d’un cerf, s’il n’y a place que pour une chaussure : c’est un sanglier car à poids égal le sanglier, dont le corps est beaucoup plus court que celui d’un cerf : il n’a pas la même « amplitude ».

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Cerf élaphe
C’est, des trois espèces d’ongulés, celle qui fournit le plus d’indices (sexe, âge, etc…) lors de ses déplacements.
La population lotoise est estimée à environs de 1000 /1200 spécimens (3)
Ses traces et empreintes étudiées par les veneurs depuis le Moyen-âge (Gaston Phoebus notamment) sont les plus riches d’enseignements. Pour cela il faut regarder attentivement deux éléments : l’empreinte proprement dite laissée par le sabot sous la pression du poids de l’animal, et la voie c’est-à-dire la succession des empreintes.

Mâle ? Femelle ?
L’empreinte de la biche est généralement plus petite que celle du cerf et, surtout, elle a moins « de talon ».
La voie a des allures irrégulières, on dit qu’elle se méjuge : les empreintes des pattes postérieures se chevauchent, se superposent ou sont à côté des traces laissées par les antérieurs.
Elles sont aussi rarement isolées car la structure de base d’une harde est constituée en général d’au moins une biche adulte, de son faon de l’année et de celui de l’année précédente (daguet ou bichette).

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Sauf chez le daguet qui ne se distingue pas très nettement d’une grosse biche, l’empreinte laissée au sol par les pattes avant du mâle est assez nette, avec un talon bien marqué : un cerf a toujours « plus de talon » qu’une biche.
En outre un cerf « croise », c’est-à-dire que par rapport à une ligne imaginaire rectiligne ses antérieurs et postérieurs gauches sont d’un côté et ceux de droite de l’autre.

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Une petite astuce pour distinguer un cerf d’une biche dans les feuilles d’un sous-bois, il suffit de poser un bâtonnet juste derrière chaque trace laissée dans la litière, une dizaine de fois, puis de prendre du recul : s’il s’agit d’un cerf, les bâtonnets sont en position alternée gauche/droite. S’ils sont à peu près alignés : c’est une biche.
Notons que la même méthode permet de distinguer l’allure d’un grand canidé sauvage furtif et discret et celle d’un chien !

Jeune, le cerf laisse des empreintes pour lesquelles les sabots des pattes avant et arrière se superposent.

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Puis au fur et à mesure qu’il prend de l’âge, sa morphologie évolue et son centre de gravité se « déplace » vers l’avant lui donnant un peu la silhouette d’un taureau ou d’un bison. De ce fait son sabot postérieur vient se placer un peu en arrière de l’antérieur (on dit qu’il « retarde ») : c’est vraiment là qu’on a la certitude d‘avoir affaire à un « bon » cerf et non à une biche ou à un daguet.
L’écart s’accentue avec l’âge : pour un « grand cerf » (vers 8 /10 ans) l’espace entre les empreintes des pattes avant et des pattes arrière peut atteindre 1 à 2 cm.

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En guise de conclusion on rappellera que les causes de variabilité sont multiples et qu’une interprétation impose de la prudence.

  1. En terrain mou (sol agricole travaillé par exemple), la taille des empreintes d’un cerf peut conduire à estimer qu’il est vieux alors que, s’il ne retarde pas, c’est simplement un gros individu qui s’enfonce dans le sol ….
  2. En fin d’hiver lorsqu’il mue (fin février), le cerf déstabilisé par la perte de plusieurs kilos de bois se méjuge (un peu comme une biche). Evidemment un peu d’expérience est nécessaire pour déceler cette subtilité qui ne dure qu’un jour ou deux …
  3. Parfois des cochons (porcs domestiques), des moutons, des chèvres, voire des lamas s’échappent ou divaguent en liberté et peuvent conduire à s’embarquer dans des suppositions hasardeuses ….
  4. Et enfin amis bricoleurs, juste pour éviter toute confusion, n’oubliez pas que …

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Sources
(1) (2) (3)
Les prélèvements de la chasse nous renseignent sur le niveau des populations.

Concernant le chevreuil, il est admis qu’un prélèvement de 30 à 35 % d’une population permet de la stabiliser. Avec 10 000 chevreuils déclarés tués à la chasse, la population lotoise doit être comprise entre 30 à 35 000 chevreuils, ce qui est considérable !
Pour information, il y a chaque année dans le Lot approximativement 1000 collisions routières et 1000 mortalités « diffuses » (braconnage, parasitisme, accidents divers dans des clôtures, des piscines, des chutes depuis des falaises).
Le prélèvement national cynégétique s’élève à 586 000 chevreuils en 2017 / 2018 (source ONCFS).

Pour le sanglier, un prélèvement moyen de 50 % est nécessaire pour stabiliser à peu près une population. Avec 5000 sangliers déclarés tués à la chasse la saison dernière, la population avant chasse est sans doute de l’ordre de 10 000 à 11 0000 sangliers
Il faut rajouter les mortalités extra cynégétiques : collisions routières, accidents divers, etc… soit 500 à 800 spécimens environ.
La population avant chasse est sans doute de l’ordre de 10 000 à 11 0000 sangliers, ce qui est beaucoup pour un animal qu’on voit en fait si peu souvent !
Le prélèvement national cynégétique est de 750 000 sangliers en 2017 / 2018 (source ONCFS).

Enfin, les prélèvements cynégétiques du Cerf élaphe s’élèvent à 250 animaux déclarés tués dans le cadre du plan de chasse. On considère qu’un prélèvement de 25 % permet une légère expansion de la population (tant géographique numérique), ce qui est constaté dans le Lot depuis plusieurs années.
La population départementale est sans doute comprise entre 1000 et 1200 individus essentiellement répartie entre les vallées de la Dordogne, du Lot, du Célé, de la Masse et du Vert.
Le prélèvement national cynégétique est de 62 000 cerfs et biches en 2017 / 2018 (source ONCFS).

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/publications/revue%20faune%20sauvage/FS-320-ENCART-tableauxchasseongules.pdf

Jean-Christophe B., adhérent de la LPO46, Pascal C. pour les illustrations, Daniel L. pour la relecture.


Publié le : mardi 14 avril 2020