Compte-rendu proposé par Tineke Aarts
Quelle place donnons-nous au vivant ?
Samedi 14 mars, le Jardin Bourian a vibré lors d’une journée exceptionnelle dédiée à la faune sauvage. Plus de 130 personnes ont répondu présentes, témoignant d’un véritable engouement pour la nature et les rencontres qu’elle inspire. Tout au long de la journée, une atmosphère chaleureuse et conviviale a rassemblé petits et grands autour d’une programmation riche et variée.
La journée avait été pensée comme un espace positif et participatif, pour questionner, échanger et faire émerger de nouvelles idées. Dès l’ouverture, une question essentielle a été posée : quelle place laissons-nous réellement au vivant ?
Conférences d’Alain Fouclet, Julie Delfour et Gabrielle Bertrand
L’après-midi s’est ouvert avec la conférence de Alain Fouclet, consacrée aux pressions qui menacent les oiseaux sensibles de notre territoire. On a compris qu’à notre échelle, il existe de nombreuses façons d’agir en faveur des oiseaux, en connaissant mieux leurs habitats, leurs besoins pour nicher et leurs comportements.
Alain Fouclet a également partagé ses techniques de terrain, notamment l’usage des affûts et des vêtements de camouflage, essentiels pour observer et photographier les oiseaux sans les déranger. Observer la nature demande humilité et discrétion : se cacher, se fondre dans le paysage, accepter de ne pas déranger. Une posture à l’opposé de notre tendance à tout maîtriser.
La deuxième conférence, coanimée par Julie Delfour et Gabrielle Bertrand, portait sur la faune sauvage et soulevait des questions essentielles : pourquoi tolérons-nous certaines espèces, les plus « attachantes », et en rejetons-nous d’autres ? Accueillons-nous vraiment le vivant dans toute sa diversité ? Sommes-nous prêts à aller vers davantage de « réensauvagement » ?
Julie Delfour a souligné que, au fil du temps, nous avons peu à peu « domestiqué » nos maisons en en chassant les animaux qui faisaient peur ou menaçaient notre nourriture. Cette tendance est aujourd’hui profondément ancrée dans nos esprits et dans nos normes. Elle concerne également nos jardins : pelouses tondues, plantes standardisées issues de pépinières, faune triée…
Elle a rappelé que la destruction des habitats, la pollution ou le changement climatique ne sont que les manifestations visibles d’un problème plus profond : notre rapport aux autres vivants.
Le témoignage de Gabrielle Bertrand, du centre de soins « La Belette » de Montcuq, allait dans le même sens. Elle a mis en lumière une réalité complexe : les animaux que nous qualifions de « nuisibles » sont bien souvent les victimes de nos aménagements ou de nos politiques. Ce ne sont pas eux les responsables. Accueillir tous les animaux en soins, sans distinction, devient alors un acte à la fois éthique et écologique.
En neuf mois seulement, le centre a pris en charge plus de 1000 animaux. Pour la plupart, leurs blessures sont liées aux activités humaines, les prédations naturelles étant moins fréquentes accueillis. Les soins demandent un investissement considérable en temps et en moyens, avec l’engagement de nombreux bénévoles, notamment pour le transport des animaux ou l’aide au centre.
Moment particulièrement touchant : le témoignage de Lili-Rose, 14 ans, bénévole, qui a partagé avec sincérité son engagement et les raisons qui la poussent à protéger et soigner les animaux sauvages.
Autres activités : Mission Hérisson, contes, film
Pendant ce temps, les plus jeunes enfants, accompagnés de leurs parents, ont découvert avec enthousiasme les secrets de la vie des hérissons grâce à des animations adaptées, dont celle proposée par la LPO Occitanie.
La journée s’est poursuivie avec une parenthèse poétique grâce aux contes de Jean-Claude Huc, puis un moment convivial autour d’une petite restauration préparée par les bénévoles du jardin. Les visiteurs ont pu échanger avec les intervenants, découvrir les stands et les expositions, et rencontrer les autrices Sandrine Bourguignon et Julie Delfour lors d’une séance de dédicaces.
En soirée, la projection du film documentaire Le vivant qui se défend de Vincent Verzat a invité le public à réfléchir à une question essentielle : comment continuer à défendre le vivant face aux pressions croissantes qui pèsent sur la faune et leurs habitats ? Le débat qui a suivi, en présence de Julie Delfour et de Frantz Veillé, a permis d’aborder des sujets concrets tels que les coupes rases ou l’élagage obligatoire autour des habitations.
Une fresque de huit mètres de long
Parmi les temps forts de l’après-midi, l’artiste Alice Freytet a réalisé un impressionnant dessin « sur le vif », capturant l’ambiance et les moments clés de la journée. Cette fresque de huit mètres de long est désormais exposée permanent au jardin, aux côtés de treize photographies animalières réalisées par les participants d’un stage qui sont visibles jusqu’à la journée portes ouvertes du Jardin Bourian, le 7 juin.