Retour sur la sortie « Oiseaux migrateurs »

Compte-rendu proposé par Jean-Louis Verrier

La météo est au beau fixe, anticyclonique sans vent, bonne pour la promenade tant qu’il fait frais mais peu favorable à l’observation de la migration…
A 8 h 30, le Rougequeue noir est présent sur les maisons du village de Saint-Vincent-Rive-d’Olt. La visite des abords du ruisseau le Bondoire et du bief qui mène au moulin du Pesquié nous permet d’entendre les appels des Mésange charbonnière, Mésange bleue, Sittelle torchepot, Grimpereau des jardins, Choucas des tours, et le cri de vol du Pinson des arbres.
Sur la route qui mène au point de vue de la croix de Cavanié, nous entendons quelques appels du Gobemouche noir – un migrateur nocturne présent ici en Août-Septembre, qui passe l’hiver en Afrique.
Nous retrouvons quelques mésanges bleues et charbonnières, ici en présence d’arbrisseaux ou sous-arbrisseaux typiques des collines calcaires du jurassique supérieur du Quercy :
  • Artemisia alba (armoise blanche ou armoise camphrée, à ne pas confondre avec Artemisia herba-alba du moyen orient, ni avec l’ambroisie Ambrosia artemisifolia).
  • Staehelina dubia (Stéhéline)
  • Pistacia terebinthus (Pistachier térébinthe), avec ses fruits rouges,
  • Rhamnus alaternus (Nerprun alaterne),
  • Coriaria myrtifolia (Corroyère à feuilles de myrte ou redoul – autrefois utilisée pour tanner les peaux – fruit noir très toxique),
  • Et quelques pieds de la peu fréquente sarriette de montagne Satureja montana , ici en limite de son aire de répartition (plante aromatique proche du thym).

Le virage en épingle à cheveux qui précède le point de vue s’établit dans une incurvation de la colline – une source est ici afleurante et alimente un fossé le long de la route. Les eaux chargées en carbonate de calcium favorisent la formation d’une paroi de tuf sur laquelle est installée une belle population de la fougère Adiantum capillus-veneris (Capillaire, Capillaire de Montpellier, Cheveu-de-Vénus). A ses pieds, dans le fossé, nous observons des plantes typiques de milieux humides, habituellement absentes du causse :

  • Eupatorium cannabinum (Eupatoire chanvrine)
  • Pulicaria dysenterica (Pulicaire dysentérique ou herbe de saint Roch)
  • Un saule Salix sp, un jonc à déterminer,
  • Et dans le fossé le mourron d’eau Samolus valerandi (peu fréquent dans le Lot),
  • En saison (Mai-Juillet), cet endroit voit aussi fleurir quelques pieds de l’orchidée Orchis elata, typique des milieux humides calcaires.
Le point de vue de la croix de Cavanié nous permet d’aborder la géographie locale – vue sur la boucle du Lot qui entoure la colline de la Pistoule. En contrebas, une Aigrette garzette est en pêche sur un plage de graviers au bord du Lot. Quelques appels de la mésange huppée retentissent mais c’est trop bref pour être entendu par tous.
Nous empruntons le sentier rocailleux qui monte au site du « plano » (terrain d’envol des parapentes). Le long de celui-ci nous observons quelques plantes de la chênaie de chênes pubescents :
  • Le fragon petit-houx Ruscus aculeatus,
  • La coronille Coronilla emerus,
  • Un sorbier Sorbus à feuilles composées (groupe de Sorbus aucuparia),
  • Un autre sorbier, celui-ci a feuilles entières et tomenteuses-blanches dessous, du type Sorbus aria,
  • Un genêt du groupe Genista pilosa,
  • Tout en haut du sentier un peu avant le site du plano, quelques pieds d’Aster amellus (plante protégée au niveau français) et la céphalaire blanche Cephalaria leucantha.
  • Sur le site du plano : le panicaut Eryngium campestre (famille des apiacées, mais épineux comme un chardon).
Nous atteignons le site du plano vers 10 h. Ce site est déboisé pour permettre l’envol des parapentes, ce qui occasionne une vue à plus de 200 degrés, orientée principalement à l’Est et au Nord-Est, d’où l’intérêt pour l’observation de la migration. Malheureusement ce n’est pas le jour…
En observant assidument nous repérons cependant plusieurs fois des busards en migration, mais trop loin pour pouvoir identifier l’espèce.
Parmi les oiseaux locaux, nous observons des pigeons ramiers (jeunes et adultes), espèce devenue abondante ces dernières années, et un petit groupe de trois grives draines venant des bois proches et qui descendent vers la vallée. Enfin la « maison de vigne » en contrebas est habités par deux Chevêches d’Athéna (chacune à sa fenêtre), dont nous entendons de temps à autre les appels. L’un de nous dans les buissons alentours trouve un vieux nid, probablement celui du Pinson des arbres.
Vers 10 h 30 quelques appels ténus venant d’Est-Sud-Est sont toutefois typiques : ce sont ceux de l’aigle botté. Effectivement nous ne tardons pas à voir s’élever de ce secteur deux aigles bottés. Le contrejour ne permet pas de bonnes conditions d’observation, mais la silhouette, la manière de voler, les ailes tenues horizontales ou légèrement abaissées par rapport au corps, et sur le dessus, la zone claire au milieu des ailes et du dos ne laissent aucun doute. Ils sont accompagnés par un faucon crécerelle (comparaison de taille possible), avec quelques « anicroches » entre eux.
Un peu plus tard du même endroit s’élève un Circaète Jean-le-blanc. Ce sont encore la silhouette, les longues ailes, la manière de voler, les ailes tenues à plat, qui permettent l’identification.
Enfin nous repérons, venant du nord-est et s’enfilant dans la vallée du Bondoire (qui est orientée Nord-Sud) avec beaucoup de vol battu, un mâle adulte de Busard des roseaux.
Celui-ci passe beaucoup plus près et il est bien éclairé, contre la colline, sans contrejour: les trois couleurs, gris pour les ailes et le corps, noir au bout des ailes, et brun sur le ventre et les couvertures sus-alaires ne laissent aucun doute.
La chaleur s’intensifie et nous décidons de redescendre vers 11 h.
Au retour nous observons encore l’Aigrette garzette sur le Lot en contrebas, mais cette fois accompagnée d’un Héron cendré. Nous recueillons sur la route une petite chauve-souris blessée – une habitante du village de Saint-Vincent nous fournit une boîte en carton pour l’installer, dans laquelle elle sera conduite par l’un d’entre nous au centre de soins de l’Association « La Belette » près de Montcuq.
Enfin un papillon de nuit est lui aussi blessé sur la route. Du goudron est mêlé à son abdomen, il ne survivra pas. Les photos permettent de le déterminer : c’est une femelle du Bombyx du chêne Lasiocampa quercus.
Belle expérience, à recommencer si possible avec de meilleures conditions pour la migration !

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